Thierry Thieû Niang

Danses d’aujourd’hui


Une jeune fille de 90 ans

Vous êtes ici : Accueil > Presse > Une jeune fille de 90 ans

Dans le service de gériatrie de l’hôpital Charles Foix d’Ivry, un danseur capte le regard d’une personne âgée enfermée dans son silence, reprend un de ses gestes ou l’étonne, établit un contact respectueux et fraternel. Des individus très âgés, enfouis en eux-mêmes, somnolent, corps noués, bloqués, usés et pour quelques uns déformés par l’âge et la maladie. L’intervention improvisée du danseur, ponctuée de quelques contacts, va les projeter en dehors de leur somnolence.

L’esquisse de pas proposés par le chorégraphe Thierry Thieû Niang fait resurgir le plaisir oublié de la séduction dansée et de la conscience individuelle. Un lien de confiance spontanée, intuitive s’établit avec l’artiste en quelques instants magiques. Reviendrez-vous souvent nous voir ? demande-t-on.

Les caméras pudiques et discrètes de Hélène Louvart et de Yann Coridian, sans se détourner des pensionnaires enfermés dans leur souffrance ou aliénés par leurs souvenirs, se concentrent sur la relation qui s’établit entre le danseur et Blanche, une pensionnaire silencieuse, solitaire. La danse, l’attention individualisée de Thierry, la raniment, la sortent de sa torpeur. Évolution physique qui lui permet d’abandonner sa canne, mais surtout réveil des sentiments : le plaisir redécouvert du pas de danse, de l’attente du retour de son danseur, l’affection enfin, « je vous aime » ose-t-elle dire au jeune homme.

Et ces mots résonnent pour nous d’une authenticité vécue, d’autant plus inattendue, qu’autour d’elle, d’autres patients délivrent des paroles automatiques, des expressions toutes faites qui les enferment plus qu’elles ne les aident à s’exprimer.

Cette confiance, cet abandon, cette victoire sur soi même et les conventions, illuminent le film. Peut-on, comme notre société le fait si couramment, abandonner à l’engourdissement de l’âge des êtres qui pourraient encore vibrer et rayonner dans des instants de bonheur ?

Sans rien cacher de la difficulté de vie dans le service, malgré les attentions de l’équipe soignante, les réalisateurs ont su capter et rendre les instants merveilleux créés par l’irruption inattendue et attentionnée de l’artiste danseur. Ils nous proposent une œuvre forte d’une profonde humanité.

Jean Rozat - Prix Laurier Documentaires 2017

Haut de page


Tout droit réservé Thierry Thieû Niang - 2006 - 2018 |   Flux RSS |  Responsable éditorial : Fabienne Pautonnier |  Réalisé avec SPIP par Indétendance