Thierry Thieû Niang

Danses d’aujourd’hui


TGP – Sonnets de piscine jubilatoires

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Ils sont 23 comédiens amateurs, âgés de 9 à 19 ans, à s’être lancés dans une interprétation des Sonnets de Shakespeare, mise en scène et en mouvement par Thierry Thieû Niang et Jean Bellorini. Sur scène, un bassin les fait littéralement plonger dans les mots du dramaturge anglais.

Ils étirent leur corps, le font virevolter, pivoter, le figent même… Ils lui font dire des rimes, des mots, des vers, des sonnets devant ce bassin bleu qui luit à leurs pieds. La jeune troupe s’active alors que la première arrive à grandes enjambées. Ils sont 23 comédiens amateurs, âgés de 9 à 19 ans, à avoir embarqué dans cette aventure humaine. Dirigés par le chorégraphe Thierry Thieû Niang et le metteur en scène Jean Bellorini, les acteurs en herbe se produiront au TGP les 2 et 3 mai dans une version volontairement fragmentée des Sonnets de William Shakespeare. Pour cette création, il a fallu installer une grande piscine sur scène, ou plutôt dans la scène, comme pour se plonger littéralement dans l’œuvre du dramaturge anglais. « Nous nous demandions comment faire résonner ce texte dans les corps d’enfants, explique Thierry Thieû Niang pour qui travailler avec des petits gabarits n’est pas une première. La piscine est l’un des pires endroits pour se confronter à notre corps. Pour choisir les acteurs, on n’a pas filtré. On a gardé leur aise, leur malaise aussi, on a respecté la pudeur de chacun mais aussi la joie d’être dans cette liberté. » Cette liberté de se mouvoir, face aux autres, face à ceux qui partagent la scène depuis quelques jours, comme face à ceux qui siégeront dans les gradins la semaine prochaine. La prise de risque est totale.

« La piscine représente autant cette noyade possible que cette lymphe sacrée, ce liquide d’amour, ajoute Jean Bellorini. Le théâtre est une prise de conscience de qui on est, on devient auteur de soi. » Ce sera le grand plongeon, en somme, dans leur moi intérieur. Les comédiens sont issus des divers projets menés par Thierry (Ses Majestés, Au Chœur) et Jean Bellorini (la Troupe Éphémère). Sur l’authenticité des acteurs, le directeur du TGP ne tarit pas d’éloges. « Ils sont incroyables de profondeur, de gravité et de légèreté en même temps. Il y a de la pureté, de l’innocence. Ce qui est beau, c’est cette inconscience. Thierry et moi sommes des accoucheurs, ils s’inventent eux-mêmes. Il y a une forme de révélation de soi. »

« Je n’adapte rien, je crée juste des paysages chorégraphiques où chaque adolescent peut trouver son mouvement et c’est Jean qui fait surgir tout d’un coup une parole. » C’est une première pour ce binôme. Les deux professionnels s’accordent sur cette métaphore : « On tricote un ouvrage à quatre mains. » Une complémentarité évidente lie les deux hommes, l’un travail le mouvement, l’autre le texte. « Nous avons le même regard sur l’interprétation, sur l’épure. Nous avons des matériaux en or : cette piscine, les Sonnets et les adolescents », soutient le danseur.

Depuis plusieurs années, son travail a mené Thierry Thieû Niang à s’éloigner des corps des virtuoses. « Plus un corps est différent du mien, plus il m’intéresse. J’avais besoin d’un autre type de corps pour survivre artistiquement car l’entre-soi du monde de la danse ne m’intéresse pas. Je ne fais jamais d’audition, ni de casting. Je suis convaincu que la beauté peut venir d’un corps chaotique ou empêché. La beauté est un mouvement, pas une forme. » Les Sonnets ponctuent sa résidence de trois ans passée dans le territoire dionysien, notamment à Franc-Moisin. Bellorini en retient « son exigence extrême et son humanité ». Fort de cette expérience, le duo a su trouver dans Les Sonnets – une œuvre publiée début XVIIe siècle – une correspondance avec notre monde, notre réalité. « Les Sonnets est une langue mystérieuse et, dans son exigence, elle permet à de jeunes enfants d’exister au-delà d’une compréhension scolaire, en restituant les mots et en s’appropriant les silences, analyse Jean Bellorini. Comme le dit si bien Shakespeare, ils ont l’intelligence du cœur. »

Maxime Longuet - Le Journal de Saint-Denis - 26 avril 2018 - Photo Yann Mambert


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